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Génétique et sélection variétale du cannabis

Jordan
16/05/2026
⏱ 7 min de lecture 📂 Cannabis
Plant de cannabis en culture sous serre, feuilles vertes détaillées et lumière naturelle, contexte agronomique de sélection variétale

La diversité des plantes de cannabis observée aujourd’hui, des variétés résineuses aux profils aromatiques très contrastés, est le fruit de milliers d’années d’évolution naturelle puis de sélection humaine. Comprendre la génétique du cannabis permet de saisir pourquoi deux plantes issues de graines apparemment similaires peuvent donner des résultats radicalement différents.

Cet article propose un panorama agronomique et scientifique de l’hérédité du cannabis, des notions de chémotype aux principes de la sélection variétale. Il s’adresse aux lecteurs curieux de botanique et reste strictement éducatif.

Rappel légal. En France, la culture de cannabis contenant du THC est interdite aux particuliers. Les informations ci-dessous sont fournies à titre informatif et agronomique, sans aucune incitation à une pratique illégale.

Les bases de la génétique du cannabis

Le cannabis est une plante diploïde, c’est à dire qu’elle possède deux jeux de chromosomes, soit dix paires au total. Chaque plante hérite d’une moitié de son patrimoine génétique de la plante mère et de l’autre moitié de la plante père. Cette combinaison détermine l’ensemble des caractères observables.

On distingue le génotype, l’ensemble du code génétique d’une plante, du phénotype, l’expression visible de ce code en interaction avec l’environnement. Deux graines issues du même croisement partagent un génotype proche mais peuvent exprimer des phénotypes différents selon la lumière, la température ou le substrat. C’est cette variabilité que les sélectionneurs cherchent à comprendre et à orienter.

Caractères dominants et récessifs

Certains traits sont gouvernés par des allèles dominants, qui s’expriment dès qu’ils sont présents, et d’autres par des allèles récessifs, qui ne s’expriment que lorsqu’ils sont hérités des deux parents. La couleur pourpre de certaines feuilles, la production de THC ou de CBD, ou encore la structure de la plante répondent à ces logiques d’hérédité décrites par les lois de Mendel.

Espèces, sous-espèces et chémotypes

La classification botanique du cannabis fait toujours débat. On évoque traditionnellement les appellations indica, sativa et ruderalis, mais la recherche moderne tend à les considérer comme des pôles d’un même continuum plutôt que comme des espèces strictement séparées. La quasi totalité des variétés actuelles sont des hybrides issus de croisements multiples.

Plus utile sur le plan scientifique, la notion de chémotype classe les plantes selon leur profil chimique dominant.

Chémotype Cannabinoïde dominant Profil général
Type I THC élevé, CBD faible Variétés psychoactives
Type II THC et CBD équilibrés Profil mixte
Type III CBD élevé, THC faible Variétés dites de chanvre, légalement encadrées
Type IV CBG dominant Profil rare, étudié en recherche
Type V Quasi absence de cannabinoïdes Plantes à usage fibre ou recherche

Ce classement par chémotype est central pour la conformité réglementaire, puisque c’est la teneur en THC qui détermine le statut légal d’une variété de chanvre en Europe.

La pollinisation et la reproduction

Le cannabis est une plante majoritairement dioïque, avec des individus mâles et des individus femelles distincts. Les plantes mâles produisent le pollen, les plantes femelles produisent les fleurs résineuses et, une fois fécondées, les graines. C’est ce mécanisme de reproduction sexuée qui rend possible le brassage génétique et donc la sélection.

Pour ceux qui souhaitent approfondir les aspects pratiques de la multiplication, les graines et leurs différentes catégories constituent un sujet à part entière, tout comme le bouturage, une méthode de reproduction asexuée qui permet de conserver un génotype identique d’une génération à l’autre.

Reproduction sexuée contre clonage

  • Reproduction par graines. Elle mélange les patrimoines des deux parents et génère de la variabilité, indispensable au travail de sélection.
  • Clonage. Le prélèvement d’une bouture produit une copie génétique fidèle de la plante mère, utile pour stabiliser un phénotype recherché.

Les grandes étapes de la sélection variétale

La sélection variétale est un travail long qui vise à fixer des caractères désirables, par exemple un profil aromatique précis, une résistance accrue aux maladies ou un cycle de floraison court. Elle suit en général une suite d’étapes méthodiques.

  1. Définition de l’objectif. Le sélectionneur identifie les traits à privilégier, comme la teneur en CBD ou la robustesse.
  2. Choix des parents. Des plantes présentant les caractères visés sont sélectionnées comme géniteurs.
  3. Croisement initial. La pollinisation contrôlée produit une première génération hybride, dite F1.
  4. Sélection des phénotypes. Parmi les descendants, on retient les plantes exprimant le mieux l’objectif.
  5. Stabilisation. Plusieurs générations de croisements successifs, jusqu’aux générations F2, F3 et au delà, permettent de fixer les caractères pour qu’ils deviennent prévisibles.
  6. Vérification. Des analyses de laboratoire confirment le chémotype et la stabilité du profil.

Une variété est considérée comme stabilisée lorsque ses descendants expriment de manière fiable les mêmes caractères, génération après génération. Cette régularité est ce qui distingue une lignée travaillée d’un simple croisement aléatoire.

Rétrocroisement et lignées stabilisées

Le rétrocroisement consiste à recroiser un descendant avec l’un de ses parents pour renforcer un caractère précis. Cette technique, notée IBL pour lignée consanguine stabilisée, est très utilisée pour reproduire fidèlement une variété emblématique sur de nombreuses générations.

Génétique et féminisation

Les graines dites féminisées sont issues de techniques qui orientent la descendance vers une majorité de plantes femelles. Sur le plan génétique, le cannabis détermine son sexe par une paire de chromosomes, et certaines manipulations, comme l’induction d’un pollen femelle, permettent de produire des graines dépourvues de chromosome mâle. Les graines autofloraison, quant à elles, intègrent des gènes hérités du ruderalis qui déclenchent la floraison selon l’âge de la plante plutôt que selon la durée d’éclairement.

Ces innovations relèvent de l’amélioration variétale et illustrent comment la compréhension du génome se traduit en outils concrets. Pour replacer ces notions dans une vue d’ensemble, le guide consacré à cultiver du cannabis détaille le cadre général dans lequel s’inscrivent ces caractères génétiques.

FAQ

Quelle est la différence entre génotype et phénotype ?

Le génotype désigne le code génétique complet d’une plante, tandis que le phénotype correspond à son expression visible, façonnée par l’interaction entre les gènes et l’environnement. Deux plantes au génotype proche peuvent ainsi présenter des phénotypes différents.

Pourquoi parle t on de chémotype plutôt que d’indica ou sativa ?

Les appellations indica et sativa décrivent surtout la morphologie et l’origine géographique, qui se sont largement mélangées avec les hybrides. Le chémotype, fondé sur le profil chimique réel de la plante, offre une classification plus rigoureuse et plus utile pour la conformité réglementaire.

Combien de générations faut il pour stabiliser une variété ?

Il n’existe pas de chiffre unique. La stabilisation demande généralement plusieurs générations de croisements sélectifs, souvent de cinq à huit, jusqu’à ce que les caractères recherchés soient exprimés de façon fiable par la descendance.

Le clonage modifie t il la génétique de la plante ?

Non. Le clonage, par bouturage, produit une copie génétiquement identique à la plante mère. Il ne crée pas de nouvelle combinaison génétique, contrairement à la reproduction par graines.

La génétique influence t elle la teneur en cannabinoïdes ?

Oui, la génétique détermine en grande partie le profil potentiel en cannabinoïdes, comme le THC ou le CBD. L’environnement et les conditions de culture modulent ensuite l’expression de ce potentiel, sans en changer la nature de fond.

Pour aller plus loin

Auteur
Jordan

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