La sclérose en plaques (SEP) est une maladie neurologique chronique qui peut s’accompagner de spasticité, c’est à dire une raideur musculaire involontaire parfois douloureuse et invalidante. Dans ce contexte, le cannabis médical est régulièrement évoqué. Il s’agit d’un usage encadré, sur prescription, qui ne doit jamais être confondu avec le cannabis récréatif, interdit, ni avec le CBD vendu librement comme produit de bien-être.
Cet article fait le point de façon factuelle et prudente sur les données disponibles, sur la place du nabiximols (Sativex), sur ce qui est autorisé en France et sur les limites de ces approches. Aucune information ci-dessous ne remplace l’avis d’un professionnel de santé. Si vous vivez avec une SEP, n’apportez aucune modification à votre prise en charge sans en parler à votre neurologue.
Sclérose en plaques et spasticité : de quoi parle-t-on ?
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central. Elle se manifeste par des symptômes variés selon les zones touchées : troubles de la marche, fatigue, troubles sensitifs, et chez une partie des patients, une spasticité. Cette dernière correspond à une augmentation involontaire du tonus musculaire, source de raideur, de spasmes et parfois de douleurs, qui peut gêner la mobilité et le confort de vie.
La spasticité dispose déjà de traitements de référence, médicamenteux et non médicamenteux, comme la kinésithérapie. C’est uniquement lorsque ces traitements de première intention se révèlent insuffisants ou mal tolérés que la question d’un médicament à base de cannabis peut, dans certains cas, être posée par le médecin. Le cannabis médical n’est donc jamais un point de départ, mais une option encadrée envisagée en complément ou en seconde intention.
Le cannabis médical relève exclusivement d’une décision médicale. Il ne s’agit pas d’auto-médication. Seul un professionnel de santé peut évaluer sa pertinence dans votre situation et en assurer le suivi.
Le nabiximols (Sativex) : un médicament standardisé
Le médicament le plus directement associé à la spasticité de la SEP est le Sativex (nabiximols). Il s’agit d’un spray buccal issu d’extraits de cannabis, associant deux cannabinoïdes principaux dans un rapport proche de un pour un : environ 2,7 mg de THC et 2,5 mg de CBD par pulvérisation, selon le résumé des caractéristiques du produit.
Sa standardisation est ce qui le distingue d’une huile ou d’une fleur du commerce : chaque dose est fixe et reproductible. Le nabiximols est un médicament soumis à autorisation de mise sur le marché et délivré sur prescription. Il n’a rien de commun avec les produits CBD de bien-être, qui ne sont pas des médicaments et ne peuvent revendiquer aucun effet thérapeutique.
L’indication autorisée
En Europe, le nabiximols dispose d’une indication unique : le traitement d’appoint de la spasticité modérée à sévère liée à la sclérose en plaques, chez l’adulte n’ayant pas suffisamment répondu à d’autres traitements antispastiques. Cette indication s’inscrit dans une logique de seconde intention et s’accompagne d’une période d’essai initiale : en l’absence d’amélioration cliniquement significative après cette phase encadrée par le médecin, le traitement est interrompu.
Ce que disent les données
Des essais cliniques randomisés contrôlés contre placebo, repris dans plusieurs revues systématiques, suggèrent un bénéfice modéré du nabiximols sur la spasticité de la SEP chez une partie des patients. Le niveau de preuve pour cette indication précise est jugé modéré à élevé, ce qui a justifié l’autorisation du médicament. Pour autant, les données indiquent que tous les patients ne répondent pas, ce qui explique l’existence de la phase d’essai initiale.
Il faut rester prudent sur la portée de ces résultats. Un bénéfice modéré ne signifie pas une disparition de la spasticité, et l’effet observé varie selon les individus. De plus, un bénéfice démontré dans la spasticité de la SEP ne préjuge en rien d’un effet dans d’autres situations. Pour le panorama complet des situations étudiées, on peut se reporter à notre dossier sur les indications du cannabis médical.
| Élément | Cannabis médical (nabiximols) | CBD en vente libre |
|---|---|---|
| Statut | Médicament autorisé | Produit de consommation |
| Composition | THC et CBD standardisés | CBD, THC sous le seuil légal |
| Délivrance | Sur prescription | Vente libre |
| Indication reconnue | Spasticité de la SEP | Aucune allégation autorisée |
| Niveau de preuve | Modéré à élevé (essais randomisés) | Non applicable |
| Effet psychotrope | Possible (présence de THC) | Non psychotrope |
Le cannabis médical a parfois été évalué dans d’autres aspects de la SEP, comme certaines douleurs neuropathiques ou les troubles du sommeil. Ces pistes restent toutefois moins établies et ne relèvent pas de l’indication autorisée du nabiximols. La prudence reste de mise et seule l’évaluation médicale individuelle prévaut.
Ce qui est autorisé en France
En France, le Sativex a obtenu une autorisation de mise sur le marché, mais sa commercialisation effective a longtemps été retardée, notamment pour des raisons liées aux négociations sur son prix. Sa disponibilité réelle pour les patients a donc été limitée. Par ailleurs, la France a mené entre 2021 et 2024 une expérimentation du cannabis médical, distincte du cas du nabiximols, qui a concerné d’autres formes et d’autres situations cliniques.
À l’issue de cette expérimentation, un cadre de généralisation du cannabis médical est engagé pour les années 2025 et 2026. Les modalités d’accès, de prescription et de prise en charge sont susceptibles d’évoluer. Pour situer l’ensemble, notre dossier de référence sur le cannabis médical et le CBD santé détaille les grands repères.
Les modalités d’accès et de disponibilité d’un médicament peuvent évoluer. Seul un professionnel de santé, en lien avec les informations officielles de l’ANSM et de la HAS, peut vous renseigner sur la situation en vigueur et sur la pertinence d’un traitement dans votre cas.
Trois cadres à ne pas confondre
- Cannabis médical : à base de THC, sur prescription, dans un cadre strictement encadré. C’est l’objet de cet article.
- Cannabis récréatif : interdit en France. Son usage hors cadre médical est illégal.
- CBD en vente libre : produit de bien-être non psychotrope, vendu sans ordonnance, qui n’est pas un médicament et ne peut revendiquer aucun effet thérapeutique.
Sécurité, effets indésirables et suivi médical
Comme tout médicament contenant du THC, le nabiximols n’est pas dénué d’effets indésirables. Les résumés des caractéristiques du produit mentionnent notamment des vertiges, une fatigue, une somnolence et des troubles de l’attention, ainsi que des effets locaux au niveau de la muqueuse buccale liés à la pulvérisation. La présence de THC implique un effet psychotrope possible et une vigilance particulière pour la conduite et l’utilisation de machines.
- Population concernée : réservé à l’adulte, dans l’indication autorisée. Des précautions s’appliquent en cas d’antécédents psychiatriques ou cardiovasculaires.
- Grossesse et allaitement : l’usage est déconseillé, sauf avis médical contraire dûment évalué.
- Interactions : possibilité d’interaction avec certains médicaments métabolisés par le foie et avec les substances dépressives du système nerveux central, comme l’alcool ou certains sédatifs.
- Suivi : le traitement nécessite une évaluation initiale, puis un suivi régulier de l’efficacité et de la tolérance par le médecin.
N’arrêtez jamais un traitement de fond de la sclérose en plaques et n’ajoutez aucun produit à base de cannabinoïdes sans en parler à votre neurologue ou à votre pharmacien. Toute association doit être validée par un professionnel de santé pour éviter un risque d’interaction.
Cannabis médical et CBD bien-être : ne pas confondre
Une confusion fréquente consiste à penser qu’une huile de CBD du commerce pourrait remplacer un traitement comme le nabiximols. Ce n’est pas le cas. Le cannabis médical contient du THC à dose pharmacologique, il est standardisé, prescrit et suivi. Le CBD en vente libre est un produit de consommation non psychotrope, sans allégation santé autorisée, qui ne peut se substituer à un traitement médical.
Les retours d’expérience d’utilisateurs de produits bien-être ne constituent pas des preuves cliniques. Dans une maladie comme la SEP, où la prise en charge est complexe et personnalisée, seule la décision médicale, fondée sur les données disponibles et sur la situation individuelle, fait foi.
FAQ
Le cannabis médical soigne-t-il la sclérose en plaques ?
Non. Le cannabis médical ne guérit pas la SEP et n’agit pas sur la maladie elle-même. Dans son indication autorisée, le nabiximols vise uniquement à soulager la spasticité chez une partie des patients, en traitement d’appoint, lorsque les autres traitements n’ont pas suffi.
Quelle est la place du nabiximols dans la SEP ?
Le nabiximols (Sativex) est autorisé en Europe pour le traitement d’appoint de la spasticité modérée à sévère liée à la SEP, chez l’adulte insuffisamment soulagé par d’autres traitements. Il s’agit d’une indication de seconde intention, avec une phase d’essai initiale.
Le cannabis médical est-il efficace pour tous les patients ?
Non. Les études montrent qu’une partie seulement des patients répond au traitement, d’où la phase d’essai initiale. Si aucune amélioration significative de la spasticité n’apparaît, le médecin interrompt le traitement.
Puis-je utiliser du CBD acheté en boutique à la place ?
Non. Le CBD en vente libre n’est pas un médicament et ne contient pas la dose pharmacologique de THC du nabiximols. Il ne peut pas remplacer un traitement prescrit. N’arrêtez jamais votre prise en charge sans avis médical.
Le cannabis médical est-il disponible en France ?
Le cadre évolue. Le Sativex dispose d’une autorisation mais sa disponibilité réelle a été limitée, et la France engage la généralisation du cannabis médical sur 2025 et 2026 après une expérimentation. Seul un professionnel de santé, en lien avec l’ANSM, peut vous renseigner sur la situation en vigueur.
Le cannabis médical présente-t-il des risques ?
Oui, comme tout médicament. La présence de THC peut entraîner vertiges, somnolence, fatigue et un effet psychotrope possible, avec des précautions pour la conduite. Des interactions médicamenteuses sont possibles, d’où l’importance du suivi médical.
Pour aller plus loin
Cet article est informatif et ne constitue pas un avis médical. Le cannabis médical se prend uniquement sur prescription. Consultez un professionnel de santé.